Les Algérois aiment les oiseaux Imprimer Email
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Un vol d’étourneaux survole la place Addis-Abeba, non loin du très bel l’hôtel El-Djazaïr. Les passants s’attardent pour suivre la tache brune qui zigzague et disparaît derrière une colline. Les Algérois aiment les oiseaux. Presque autant, disent-ils en riant, que leur mère (yemma, en arabe) et mer (Méditerranée).
Alger

Le soir, à l’heure des palabres, les garçons sortent avec leur cage à oiseaux – le plus souvent des chardonnerets – qu’ils posent sur un muret ou le capot d’une voiture. Et ils leur parlent de football. Qu’ils soient vêtus d’un survêtement made in Taïwan ou qu’ils aient enfilé la Kamis (robe islamique), peu importe. Les oiseaux fédèrent tout autant que le football. A ce propos, les récents exploits de l’équipe nationale – qualification pour la Coupe du monde sud-africaine et demi-finale en Coupe d’Afrique des Nations – ont apporté quelque chose, un peu plus de légèreté et d’insouciance. Les regards ont changé, comme ouverts sur autre chose que l’obsédant espace Schengen, là-bas, après l’horizon bleu.
meqnin

Alger n’a jamais été une ville très joyeuse, sauf peut-être en juillet 1962, l’été de l’indépendance. La faute à qui, à quoi? Trop de misère dans un pays trop riche (gaz et pétrole, fruits et légumes, cheptels, littoral de 1200 km, monts enneigés du Djurdjura et ce gigantesque musée à ciel ouvert qu’est le Sahara). Mais également trop de violences (années rouges 1988-2003) et tant de jeunesse à l’énergie débridée mais à qui les pères de la Nation n’ont légué qu’un bout de trottoir. Il y a deux mois, ces gamins ont prouvé qu’ils pouvaient «se bouger» un peu pourvu qu’on leur en donne les moyens. El Mouradia (le palais présidentiel) leur a offert un aller-retour Alger-Khartoum. En moins de 24 heures, 30 000 ont rallié via les airs le Soudan pour supporter les Fennecs, le onze national. Le plus rapide et plus grand pont aérien de l’histoire, jurent-ils. Cela les a emplis de fierté. Sentiment rare chez ces jeunes qui ont inventé les mots «dégoûtage» et «malvie».

Le blanc légendaire des façades

Le moment paraît donc propice pour aller voir Alger, d’autant que pour la première fois depuis vingt ans le pays est épargné par les violences islamistes. Rien à craindre sinon l’impression – pas toujours agréable – d’être souvent dévisagé. Le touriste, en effet, est rare. Mais là s’arrête le désagrément. Pas d’allusion ni de grossièreté en arabe ou français. Les Algériens sont plutôt polis et respectueux. Rendez-vous sur Didouche Mourad, la célèbre artère du centre-ville aux devantures de magasin très vieille France et à l’architecture délurée avec ces balcons à encorbellement, ces frises florales et hauts-reliefs. Le cœur d’Alger bat là, entre le marché Meissonnier et la place Audin. Les trottoirs regorgent de monde, petits trabendistes, étudiantes de la fac centrale voilées ou en jupe et bas résilles, policiers à bout de nerfs et taximen pressés. Il faut absolument pousser la porte des bouquinistes pour humer de vieilles pages d’histoire, goûter aussi au fameux créponné au citron du glacier Dolce Cabana.

Le front de mer n’est jamais loin, à hauteur de la Pêcherie et des arcades là où chaque matin les taxis collectifs jaunes partent sillonner l’intérieur du pays. Posé sur ses gradins, avec ses villas et immeubles en cascade, Alger éclate alors du blanc légendaire de ses façades, en dépit de la décrépitude et des gaz d’échappement. En remontant le boulevard Mohamed-Khemisti, l’immanquable Grande Poste au style néomauresque et à l’étrange plafond en stuc se dresse. Les premières trouées vers la mer sont visibles, aussi belles et miraculeuses que celles de Marseille ou de l’Alfama de Lisbonne. En poussant plus vers l’ouest, la rue Larbi-Ben-M’hidi (ex-rue d’Isly) annonce une rupture entre une ville plutôt européenne et une autre orientale. Vieilles femmes portant le traditionnel et très local haik (longue pièce d’étoffe), vendeurs à la sauvette, joueurs de domino sirotant un Krèm (café au lait) et… courtiers «portabilisés» du square Port-Saïd qui comptent leurs dinars sous les arcades de l’officieuse Bourse d’Alger.

Plus haut, la Casbah – ou ce qu’il en reste – étend ses premières terrasses. Y aller? Oui, mais accompagnés d’un guide. Non pas que les ruelles en enfilade soient des coupe-gorge – cette époque est révolue – mais parce que le risque est grand de recevoir un bloc de pierre sur la tête. Classée au Patrimoine mondial de l’humanité depuis 1992, la Casbah d’Alger est en ruine. Même les ânes qui charriaient les détritus n’y vont plus. Il ne reste que bien peu de chose de ce triangle naturel de 50 hectares qui inspira Julien Duvivier pour son Pépé le Moko et Gillo Pontecorvo pour sa Bataille d’Alger, dans laquelle Ali la Pointe, combattant de la Casbah, est coursé par les paras français. Certes des travaux de rénovation ont lieu mais beaucoup d’habitations ont dû être rasées. Il faut tout de même marcher parmi le dédale des passages, couler sous un raidillon couvert d’une voûte, voir comment les maisons sont organisées autour d’un patio. Et s’attarder sur les terrasses qui semblent dégringoler dans la mer. Des petits commerces survivent là sous la pierre, au ras des rues: artistes du cuir, cordonniers, fabricants de meidas (tables basses). Les gens qui vivent encore là ouvrent leur porte. Entrez et mangez puisqu’une assiette de loubia, ces haricots et dés de mouton épicés au cumin, vous est tendue. La partie haute de la Casbah est couronnée de la citadelle et ses remparts qui offrent un panorama éblouissant sur la vieille ville et le port. A visiter – en se déchaussant – le mausolée Sidi-Abderrahmane du nom du saint patron de la ville. C’est un lieu où les femmes se recueillent près du tombeau du marabout afin que leurs vœux soient exaucés. La salle de prière est une splendeur avec ses lustres et tapis.

Place de village

Une bouffée d’air, celle du large, de la haute mer. Bab El- Oued des ressacs et des baignades d’été. Quartier le plus populaire, le plus dense, «dix villes dans une». Bab El-Oued des juifs qui ne sont plus là – une synagogue désaffectée tient encore debout. Bab El-Oued des pieds noirs des Trois-Horloges qui ne sont plus là non plus. Bab El Oued des vieux Algérois attablés dans les cafés maures. Ceux des quartiers chics – Hydra, El Biar, Golf – n’y vont jamais, par on ne sait quelle peur. Mauvais garçons, entourloupes et immondices un peu partout, le quartier aurait mauvaise réputation. A tort. Bab El-Oued est avant tout une place de village où l’on trouve à toute heure de la sardine et de la rechta (pâtes). «Quand quelque chose se passe en Algérie, ça commence toujours à Bab El-Oued», dit-on. Comme la guerre de libération ou l’explosion populaire d’octobre 1988 ou encore la montée islamiste du début des années 1990. Depuis Bab El-Oued, on rallie Madame l’Afrique à bord d’un minibus. Notre Dame l’Afrique, la basilique édifiée en 1872 en l’honneur de la Vierge Marie est aussi appelée Lalla Myrian par les Algérois qui aiment à la fréquenter autant que les rares chrétiens d’Algérie. Surprise à l’intérieur: des centaines de plaques d’ex-voto arabes, kabyles ou français recouvrent les murs. Un père blanc raconte que les grandes orgues viennent d’être restaurées et que pour cela 10 000 pièces détachées ont voyagé sur la mer jusqu’en France. Erigée à 124 mètres au-dessus de la mer, Madame l’Afrique est la plus belle terrasse d’Alger. Le bleu méditerranéen semble à portée des doigts, tout comme les jardins calmes des belles demeures du quartier Bologhine. Le jeudi après-midi, des gosses en grappes s’y donnent rendez-vous. Madame l’Afrique est en effet la tribune des ultras de l’USMA qui ne peuvent s’offrir une place dans les gradins du stade de foot en contrebas.

Le Temps Culture - 30 Janvier 2010

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Commentaires (1)add comment
slt
Ecrit par Invité , 12, mars 2010

les algerois aiment les oiseaux et les paysages et les oiseaux ,car eux sont des gens de la ville ..



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