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J’ai été
interpellé par cette question-réflexion lorsque je suis tombé sur
un article de journal qui précisait que le Ministère de l’enseignement
supérieur, faute de cadres et d’enseignements suffisants, allait
faire appel aux retraités. Il leur proposait même 70% de leur salaire
avec maintien de la retraite acquise.
Tiens,
tiens !… A croire que le pays a été vidé de sa substance. Et
il faut le croire si on arrive à une telle extrémité.
Ancien
universitaire et actuellement « exilé en France », la
proposition du ministre de l’enseignement supérieur m’a donc touché
à double titre. D’une part, je me suis senti, comme le clament certains,
comme un déserteur du sous-développement et que d’autre part, je
ne pouvais pas rester insensible en ma qualité d’universitaire tout
court.
Bien
sûr, mon cas est particulier. J’ai rencontré des problèmes (qui
n’en a pas rencontré ?) avec les responsables de l’époque et
malgré cela, je viens de transmettre une petite doléance à Monsieur
le Ministre, dans laquelle je lui ai expliqué mon cas et j’attend
la réponse !…
Non,
non, non, je veux parler de tous mes compatriotes qui sont éparpillés
à travers le monde, à tous ceux QUI VEULENT RENTRER AU PAYS, mais
que QUELQUE CHOSE RETIENT, très souvent malgré eux, à l’étranger.
J’entends
même, ici ou là, que les fortunes s’érigent en Algérie et non à
l’étranger. Et c’est vrai, simplement pour l’avoir constaté. D’une
part, lorsqu’on rentre au pays, on est frappé par le changement
subi de statut de nos compatriotes. On parle maintenant de Milliard !
… Et je peux vous assurer et vous avez dû le constater (pour ceux
qui viennent de visiter le pays) que dans l’ensemble, pour la classe
moyenne, au point de vue matériel, ils sont mieux lotis que nous.
Je ne parle pas de la classe des nouveaux riches qui circulent dans
des voitures rutilantes, inaccessibles ici en France, même pour
ceux qui ont une situation stable. C’est vous dire.
Alors…
Qu’est-ce qui peut bien retenir les Algériens, très souvent mal
en point à l’étranger, de rentrer au pays ?
Il
y a à cela plusieurs raisons que je vais tenter de classer par ordre,
de ce qui me semble prioritaire :
- Il y a d’abord, la difficulté évidente
du manque de liberté de mouvement en Algérie.
Je
m’explique :
Les
Algériens –qui le sont toujours- ont peur de rester « coincés »
en Algérie, si jamais la situation venait à empirer. Alors, ils
espèrent acquérir une nationalité X, (actuellement la française
et la canadienne sont les plus prisées) pour pouvoir circuler librement
à travers le monde. A ce titre, je suis presque sûr qu’il y a énormément
d’algériens qui ont réussi à acquérir une nationalité leur permettant
de circuler librement à travers le monde ET QUI SONT ACTUELLEMENT
EN ALGERIE. Et pourquoi
me diriez-vous ? Eh bien tout simplement parce ce qu’ils ont
rencontré des difficultés certaines à l’étranger (c’est un autre
débat) et qu’une fois qu’ils ont acquis une nationalité « libre »,
ils sont revenus au pays pour y vivre normalement et ils sont très
bien ! …
Ceci
pour vous dire, pour finir avec ce point, que si demain, la nationalité
algérienne venait « subitement » par acquérir les prérogatives
et les privilèges des autres nationalités (française ou canadienne
par exemple) dont la principale est LA LIBERTE DE SE DEPLACER A
TRAVERS LE MONDE, eh bien je suis sûr qu’il y aura un séisme démographique
très bénéfique pour notre pays. A savoir, les algériens qui sont
en Algérie et qui sont dans l’impossibilité de sortir vont tout
faire pour aller voir ailleurs et revenir. Ils vont réaliser que
notre pays n’est pas aussi inhospitalier qu’ils le croient, que
nous le croyons ! … Et que nous autres, à l’étranger, on va
se précipiter chez nous pour retrouver, d’abord notre pays et le
bien-être d’y être.
Ceci
nous amène à la question fondamentale de la dépréciation, depuis
maintenant deux décennies, de la Nationalité Algérienne, avec tout
ce que cela suppose comme humiliations aux frontières dès qu’on
présente le passeport vert, avec la non équivalence de nos diplômes
et autres brimades.
Peut-être
que les efforts actuels de notre Président
de redorer le blason national, vont-ils, dans un avenir proche,
nous remettre en selle dans « le concert des nations ».
Pour ma part, permettez-moi d’en douter un petit chouia.
- Le second point est relatif au niveau
de vie acquis à l’étranger. Et c’est un argument de taille et
à double tranchant. Là, je réponds à une question qu’avait posée
notre Président en juin 2000, lors du rassemblement de la Communauté
Algérienne en France. Il avait dis en substance, en s’adressant
à nous : « Je me demande lesquels vivent mieux :
les Algériens qui vivent en Algérie où ceux qui vivent
à l’étranger ? » Vaste débat.
Matériellement,
et surtout avec la dévaluation drastique de notre pauvre dinar,
il est certain que les Algériens exilés, même s’ils « vivent
juste », ont tout de même un pouvoir d’achat bien plus élevé
que les algériens du pays. Mais, il faut prendre cette remarque
dans son contexte.
Amusons-nous
à faire une simulation (en fait vécue) :
On
est en France, on reçoit un couple d’algériens venus en vacances.
Pour leur faire plaisir, on les invite au restaurant. On est à quatre.
Si on a choisi un restaurant convenable, la facture va se situer
autour de 400 francs.
Le
même couple veut nous rendre la politesse à Alger. Un restaurant
convenable, avons-nous dis. La facture va osciller aux alentours
des 3000 dinars.
En
termes, strictement absolus, les 400 francs ne représentent que
7% du salaire minimum en France (5500 francs) alors que les 3000
dinars représentent 37,5% du salaire minimum en Algérie. ET C’EST
ENORME ! … C’est un effort surhumain que produit l’algérien
de l’Algérie par rapport à son frère de l’étranger.
Mais,
comme je viens de le dire, cet argument est à double tranchant et
ne se résume pas à une invitation au restaurant. Malgré cet exemple
isolé, le Smicard algérien est, dans
l’absolu toujours, mieux loti. Pourquoi ? Parce qu’il
y a plusieurs facteurs qui interviennent en sa faveur :
A)
Quelque soit la situation du Smicard
algérien, même quelque fois désespérée, il a toujours une solution
pour s’en sortir. La solidarité familiale, le contexte en lui-même
n’est pas aussi inhumain que celui de l’étranger et bien d’autres
considérations font que le fait « d’être chez soi » n’est
pas aussi désespérant que cela.
B)
Malgré sa situation telle que décrite
précédemment, l’algérien Smicard en Algérie, a un projet à long
terme bien établi. On vient de le voir avec la politique gouvernementale
qui facilite l’accès au logement. Il y a eu 22000 modestes candidats
au logement, rien que pour la capitale. A long terme, le smicard
algérien, s’il sait bien gérer son budget, peut devenir propriétaire.
Alors que l’exilé, soit il n’y pense même pas, soit il n’en a pas
les moyens. On a même vu
des propriétaires à l’étranger qui ne sont pas contents de leurs
sorts. A quoi bon acquérir un bien à l’étranger ? Sans doute ont-ils
pensé à la maxime qui nous rappelle qu’il vaut un petit chez
soi qu’un grand chez les autres.
- L’une des causes importantes qui retient
les algériens à l’étranger provient justement de la façon dont
on a été traité chez nous avant d’émigrer. Et c’est d’ailleurs
la motivation principale de tous ceux et celles qui se sont dis
un jour : « Y en a marre, je me tire ! … »
Oui, la façon selon laquelle nos dirigeants ont divisé par strates
les algériens. Je cite pour simple mémoire, les anciens moudjahidines,
les enfants de Chouhadas, les militaires, on parle maintenant
des enfants des anciens moudjahidines et peut être dans une génération,
des petits enfants des anciens moudjahidines et ça peut nous amener
au 4° millénaire, sans choquer personne.
Non,
moi cela me choque quelque part. Non part, qu’il ne fallait pas
rendre hommage à nos anciens moudjahidines. Non, je trouve simplement
que la façon dont le problème a été géré, a été en soi une ineptie
immense. Les privilèges dont ils bénéficient ne laissent aucun algérien
indifférent. Et je ne parle que des privilèges qui sont de notoriété
publique : une licence d’achat de voiture tous les trois ans,
une priorité pour les retraites de tous genres, des lettres de cachet
à tout bout de champ pour régler leurs problèmes, des priorités
pratiquement dans tous les actes de la vie –logement, terrain à
bâtir, traitement à l’étranger, réévaluation régulière et constante
des retraites- et bien d’autres avantages-.
Ce
qui est choquant devant une telle situation, ce n’est pas l’acquisition
des privilèges, on n’est pas jaloux. Si l’Algérie leur donne cela,
elle doit forcément le prendre quelque part… Et surtout en laissant
sur le bord de la route ceux qui ont en le plus besoin. Je pense
spécialement aux veuves de nos chouhadas qui ont été laissées au
bord de la route sans que cela choque personne.
Non, l’ineptie dans ce domaine a été leur incursion
systématique dans les affaires administratives de l’Etat. Je connais,
pour ma part, un ancien moudjahid aujourd’hui décédé Allah Irrahmou,
qui s’immisçait même dans la désignation des directeurs départementaux
et même des walis. « Je veux Un tel à telle place
et tel autre à telle place » et il n’y avait pas à discuter.
Bien sûr avec tout ce que cela suppose comme dégâts incommensurables
portés à l’économie nationale. L’expression « directeur
analphabète trilingue » a bien été inventée en
Algérie. Et cette injustice sociale provoquée par tous les ayants
droits, a été, j’en suis convaincu, une cause principale du départ
des algériens à l’étranger. Surtout ceux qui auraient pu faire partie
de l’élite algérienne et qui font le bonheur actuel de plusieurs
sociétés multinationales et autres labos de recherche dans le monde.
Enfin, pour en finir avec nos anciens moudjahidines,
je connais aussi un certain nombre qui sont fiers de leur passé,
qui vivent normalement, qui peinent quelques fois à joindre les
deux bouts et qui ne se sont jamais immiscer de quoique ce soit
dans la vie sociale et économique du pays. Ceux-là méritent notre
respect sans réserve.
- Ce qui incite également les algériens
à émigrer et surtout à ne pas revenir au pays, malgré les appels
incessants des autorités, est une raison relative à l’éducation
des enfants. Cette raison a ses sources bien ancrées dans l’évolution
de la société algérienne post 62. Qui n’a pas entendu que les
enfants de tel haut responsable sont au lycée de Genève, de Londres
ou de Paris. Pour ma part, lorsque j’ai eu écho de telles rumeurs,
je n’y ai pas accordé une attention soutenue. Pour la simple raison
que je pensais que si de telles initiatives étaient prises par
de très hauts responsables, dont des ministres nous dit-on, eh
bien ce serait la preuve par neuf que le système éducatif algérien
mérite largement sa réputation, usurpée ou non, « de gouffre à cancres ». Et
surtout, je pensais que si la rumeur venait à se confirmer, il
y avait vraiment du souci à se faire pour l’avenir de l’Algérie.
Oui, en effet, si des ministres, censés soutenir les politiques
gouvernementales, envoyaient leurs enfants à l’étranger pour y
étudier, on peut les assimiler à des traîtres à la culture algérienne
et à l’Algérie tout court.
Je connais une grande marque de voiture qui
vient de licencier deux hauts cadres parce qu’ils circulaient
dans des voitures d’une marque concurrente. De même, pour nos
chers ministres, si on a, quelque fois et très souvent supplié
pour occuper un haut poste de responsabilité, on se devait au
moins fidélité au système en inscrivant les enfants dans une école
algérienne.
Et malheureusement, la rumeur s’est bel et
bien confirmée au fil du temps. Et les autres algériens, aussi
lucides que nos chers ministres, ont commencé à réfléchir sur
la façon idoine de sauver leurs chérubins en leur offrant une
bonne éducation. L’étranger leur tendait les bras, ils se sont
jetés, convaincus d’avoir fait le bon choix.
Enfin le 4° point que j’ai mis volontairement en
dernier, est relatif à la sécurité au pays. Je l’ai mis en dernier
parce qu’à force de parler de la peur qui nous tenaille tous,
nous avons fait, d’abord le lit et le jeu des auteurs
des violences (je ne cite personne) et qu’enfin, l’insécurité
ambiante au pays est somme toute relative. Je ne veux pas jeter
l’anathème sur ceux qui pensent que le climat sécuritaire conditionne
plusieurs choses. Et ils y citent pour l’exemple, le développement
du pays, la croissance économique, le retour des algériens exilés
et bien d’autres facteurs.
Non, la violence qui sévit en Algérie est, j’allais
dire « normale ». Et plus on
en parle en nous plaçant du côté des « éventuelles
victimes » et plus elle perdurera. Oui, car la violence est
présente dans tous les pays. L’IRA en Irlande, l’ETA en Espagne,
la violence dans les territoires occupés, ont-ils poussé les irlandais,
les espagnols ou nos frères palestiniens à émigrer en masse. Non
que je sache.
Oui, tout homme normalement constitué a peur de
la violence. Oui, c’est vrai que vivre calfeutré dans des maisons
baraudées est quelque fois stressant pour les esprits, mais je
suis convaincu que ce n’est pas la cause essentielle qui retient
nos compatriotes-exilés à rester à l’étranger.
CONCLUSION :
Telles sont mes réflexions présentes
sur les motivations qui incitent les algériens exilés à ne pas rentrer
au pays. Il y a bien sûr des situations diverses. Mais, je suis
convaincu que dans tout algérien exilé se cache un autre qui le
pousse, soit à rentrer au pays, soit tout au moins à songer à rentrer
dans un proche avenir. Je trouve que c’est réconfortant à plus d’un
titre. Ne serait-ce que pour dire aux fossoyeurs de notre pays,
que les algériens qui se trouvent actuellement à l’étranger, même
s’ils ne sont pas physiquement en Algérie, gardent l’espoir d’y
retourner.
J’attends vos remarques, vos suggestions,
vos critiques et surtout, si vous êtes à l’étranger et que vous
vous êtes reconnus dans l’une des raisons que j’ai invoquées, de
me confirmer cela ou bien s’il y a d’autres raisons que j’ignore,
je serai ravi et enchanté d’améliorer le débat qui s’instaurera
tôt ou tard dans notre pays.
B.B
Nîmes le 1° septembre 2001
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