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Pour le premier article, j'ai tenu de vous parler
d'un ami, hélas disparu. Enseignant en économie et de sociologie
à l'INA d'Alger. Ma génération disait l'INA de Belfort... Que de
chemins parcourus entre les générations jusqu'à ce qu'un enseignant
émérite de l'institut soit assassiné au sein même de cet institut.
Je vois déjà quelque poils se hérisser : Oui pour ceux qui le connaissaient,
je veux vous parler de YOUCEF SEBTI Allah Irrahmou :
J'étais chez moi dans un petit village de Provence
lorsque j'ai été pétrifié par l'ouverture du journal télévisé de
20H sur TF1. La photo de mon ami YOUCEF ornait le petit écran et
je n'ai même pas fait attention au commentaire qui l'accompagnait.
Oui, je savais que l'inéluctable est arrivé. Oui, j'ai su que YOUCEF
est parti comme d'autres. Mais ce que j'ai su quelques jours plus
tard m'a fait désespérer de l'espèce humaine. Il a été assassiné
dans d'horribles conditions au sein de même de l'institut où il
occupait un modeste logement.
Enfin, je ne veux pas vous parler des causes de
l'attentat dont il a été victime mais de l'homme, de YOUCEF, de
SEBTI, de ce petit bout d'homme, qui ne payait pas de mine pour
ceux qui ne le connaissaient pas et qui pourtant était un dictionnaire,
une encyclopédie à lui tout seul.
Je l'ai connu au début de la décennie 80. On se
réunissait 2 fois l'an, tantôt à Alger, tantôt ailleurs au sein
de comités pédagogiques nationaux. Chacun apportait son expérience
et on essayait tant bien que mal de parfaire nos enseignements.
Mais, parler avec YOUCEF n'est pas une sinécure. Il écoutait, jaugeait
l'individu et lorsqu'il s'exprimait, on n'avait qu'à bien se tenir
à l'étrier tant la ruade est nette, sans détour.
YOUCEF était un polyvalent dans toute la signification
du terme. Il pouvait vous parler de n'importe quoi. On devait, en
principe causer de l'économie et toutes ses spécialités satellites
: économie rurale, économie forestière, géographie agricole, économie
agricole et bien d'autres... Lui, de part son immense érudition
nous dépassait tous, il avait une avance sur son temps, il ne lésinait
pas sur les moyens. Je me souviens qu'il utilisait déjà la vidéo
pour ses enseignements lorsque nous ne savions même pas faire fonctionner
un tel engin qui nous paraissait barbare.
Pour ma part, j'étais comme un gamin devant lui.
On avait pourtant pratiquement le même âge mais il dégageait une
telle aura que l'on pouvait qu'écouter tant le débit de YOUCEF était
dense, riche, illustré, académique et j'en passe.
J'ai apprécié aussi YOUCEF pour ses rejets de
toutes les contingences. Il n'appréciait pas les frontières et les
limites. Je me souviens d'un jour où l'on avait terminé notre causerie
et qu'on allait se sustenter au restaurant de l'institut. Voilà-t-il
pas que YOUCEF remarque les responsables, dont de directeur de l'institut
qui se dirigeaient à pied à l'extérieur de l'institut. Il me prit
par la main pour me dire : aujourd'hui on mangera avec les grands.
Et chemin faisant, on a vite fait rejoint les chefs qui s'étaient
engagés dans une rue qui descendait vers EL Harrach. J'étais affolé
parce que non invité et YOUCEF qui me clignait de l'oeil pour m'encourager.
Effectivement, on a été honorés par un repas digne des fêtes dans
un restaurant à 500 mètres de l'institut. Et il fallait écouter
YOUCEF animer les débats lors du repas. A telle enseigne que le
directeur (je crois Khouri à l'époque) n'a rien remarqué de notre
manège.
En sortant du restaurant, il eut le luxe de me
glisser à l'oreille : Alors eux, ils ont des panses et nous des
gourdes ou quoi ? Il était comme ça YOUCEF et je reste encore meurtri
de sa disparition. Dors en paix YOUCEF, mais tu manques tant à tous.
ALLAH IRRAHMAK.
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